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Littérature coréenne
Retrouvez ici les auteurs présentés dans l’exposition « Le Pouvoir de Parler », par ordre périodique, puis alphabétique. Les ouvrages seront présentés en rotation tout au long de l’exposition. FR : Ouvrage disponible en français KR : Ouvrage disponible en coréen, mais non disponible en français
Post Date 2026/02/05 -
Kisan, un peintre à contre-courant au service de la sauvegarde des coutumes coréennes
« Kisan » ou plutôt « Gisan » (箕山 ; 기산) est un sobriquet qui figure dans le sceau toujours placé en haut à droite de ses peintures. Fortement influencé par le maître de la scène de genre, Kim Hong-do 김홍도 (1745-1806, 1816, 1818 ?), de son nom complet Kim Jun-geun (김준근 ; 金俊根), peint à l’encre et, parfois en couleur, les scènes de vie traditionnelle des Coréens sur un fond neutre (danses, divertissements, métiers, activités dans la rue…). Particularité de ses petites peintures, elles se trouvent pratiquement toutes dans des musées et collections privées occidentales (soit environ 1500). Quoique nous ne connaissons pratiquement rien de sa vie personnelle, au regard de la provenance des acquisitions de peintures par les marchands, diplomates, industriels, missionnaires étrangers, Kisan officie depuis les ports qui s’ouvrent au commerce international, en particulier Busan et Wonsan entre les années 1880 et 1910. Devant l’établissement de manufactures étrangères au commerce international, quand les modes de production traditionnels commençaient à disparaître, l’artiste produisait à contre-courant de la modernité en marche. Plutôt que de montrer des machines à vapeur, des costumes occidentaux ou des constructions modernes, l’artiste profite de la demande étrangère de peintures de « souvenirs » pour exprimer une certaine nostalgie de la Corée traditionnelle, illustrant divertissements, éducations, activités manuelles… Désormais pleinement honorée par des expositions internationales, son œuvre fait prendre conscience d’un monde en perpétuel changement, et de ce qu’il faut préserver de la mémoire du temps. Voilà sans doute pourquoi rares sont ceux qui esquissent un sourire dans ses œuvres, la situation est bien trop sérieuse pour la prendre en dérision.
Post Date 2026/02/04 -
Quelle place prennent les coutumes saisonnières dans la vie quotidienne des Coréens d’aujourd’hui ?
En Corée, l’expression sesi pungsok désigne les coutumes saisonnières, plus précisément les célébrations rituelles qui se réitèrent d’année en année. Le mot sesi renvoie aux différentes périodes de l’année, et ces célébrations tiennent compte à la fois du calendrier lunaire et des vingt-quatre « périodes solaires » (jeolgi) du calendrier traditionnel coréen. Ces dernières caractérisent le fonctionnement d’une société agricole en rythmant le cycle annuel des cultures, constituant un système temporel dont dépendent les activités cycliques et répétitives et laissant entrevoir une conception du temps très ancienne. En dépit d’une superficie relativement réduite (un peu plus de 220 000 km²), la péninsule coréenne est composée de territoires à la géographie et au climat variables, où sont cultivés des produits d’une très grande variété suivant des cycles propres. Marquées de plusieurs différences selon qu’elles s’appliquent à une communauté agricole ou à un village de pêcheurs, les coutumes saisonnières sesi pungsok comportent par conséquent des nuances régionales sous l’influence de leurs conditions environnementales.
Post Date 2026/02/03 -
Les funérailles en Corée
Rites de passage Les funérailles sont rarement une partie de plaisir, et encore moins une histoire drôle, spécialement en Corée, dans un monde confucéen où le fils ainé se doit de tenir son rang, et donc de faire face à des dépenses souvent très conséquentes, pour que l’inhumation et la cérémonie soient à la hauteur de ses obligations, sans même parler de la charge de travail à laquelle son épouse doit faire face pour recevoir toute la famille, même la plus éloignée, sans compter les proches du défunt. L’aventure peut ainsi virer au casse-tête familial, au cauchemar le plus noir, voire au désastre financier. L’événement, en effet, n’est pas de tout repos, même s’il compte (ou peut-être parce qu’il compte) parmi les plus marquants dans le parcours d’une vie, au point que son souvenir restera très présent, bien après le départ des défunts, scandant, de façon régulière, la vie de ceux qui leur succèdent, depuis la fête des morts, la cérémonie sur la tombe ou le culte des ancêtres. Bref, les funérailles sont un moment très lourd, auquel est consacrée une grande part de l’activité des vivants, quitte à en saturer aussi la perception visuelle, puisqu’une partie visible de leur environnement est occupée par le monde des morts. Dans le paysage, la colline ponctuée de myriades de tombes jouxte la ville toute proche, au point d’en bloquer l’extension, offrant pour le voyageur européen, comme le note Emile Bourdaret, dans son ouvrage En Corée, le spectacle insolite d’une montagne qu’aurait bouleversé toute une armée de taupes [1]. Chaque Coréen, en effet, se doit d’être inhumé dans une tombe en forme de tumulus, sauf les moines bouddhistes, qui, eux, ont l’élégance de se laisser incinérer, et non pas enterrer, sans prendre, par là-même, sur une superficie particulièrement contrainte, dans la péninsule de Corée.
Post Date 2026/02/02 -
Le mariage « traditionnel » en Corée
Voilà un test à faire autour de vous : demandez à n’importe quelle jeune femme sud-coréenne si elle souhaite se marier et de quelle manière. L’intéressée répondra bien souvent de manière positive à la première question, car la pression familiale et sociale reste vive en dépit d’une profonde évolution des mœurs dans la péninsule coréenne depuis plusieurs décennies. Quant à la seconde question, votre interrogée manifestera toujours (ou presque) le désir de revêtir une belle robe blanche digne d’un conte de fées, ainsi que l’intention de passer par le studio d’un photographe où l’événement sera immortalisé avec une multitude de clichés plus ou moins retouchés. Cela étant, une minorité de Coréens demeure également favorable au mariage dit traditionnel, ce qui nécessite de troquer robe et smoking pour le fameux hanbok (littéralement « costume coréen ») et implique tout un ensemble de prosternations ritualisées. Faut-il néanmoins séparer le « traditionnel » du « moderne » par une grande muraille infranchissable ? Disons plutôt que cette division est quelque peu surfaite et qu’il n’existe pas en réalité qu’une seule coutume figée du mariage. Nombre de pratiques supposément ancestrales subsistent d’ailleurs aujourd’hui sous des traits contemporains. Partons donc explorer ce mariage sous l’angle historique en commençant par retracer les étapes des noces qualifiées de traditionnelles. Le rite du mariage dit traditionnel Ce que l’on désigne en coréen par l’expression de « mariage traditionnel » (jeontong gyeolhonsik) est en fait un héritage des derniers siècles de la période du Joseon (1392-1897). Le mariage constituait à cette époque l’un des « quatre rites » (sarye) qui rythmaient la vie des Coréens, avec la cérémonie du bonnet viril – marquant le passage à l’âge adulte – ainsi que les funérailles et le culte des ancêtres. Le mariage était d’ailleurs loin de se résumer à une simple cérémonie, puisque cette dernière était elle-même précédée et suivie d’un ensemble de pratiques et de rituels bien définis. Une première étape prenait la forme de discussions en vue de conclure le mariage (uihon). Rappelons ici que l’engagement matrimonial au temps du Joseon visait moins à unir deux personnes que deux clans ou deux familles, ce qui était encore plus vrai au sein de l’aristocratie. Il convenait donc de s’assurer les services d’une ou d’un entremetteur, puis de déterminer la compatibilité astrale (gunghap) des futurs mariés en examinant les « quatre piliers » (saju) de leur destin, c’est-à-dire leur année, mois, jour et heure de naissance. L’union pouvait ainsi être confirmée, et un jour faste était alors choisi pour la cérémonie. Dans les mois (ou parfois les jours) précédant le grand événement, le futur marié devait rendre visite à la famille de son épouse afin d’effectuer une demande en mariage (napchae) au moyen d’un ensemble de présents contenus dans un coffre en bois laqué appelé ham. Il s’y trouvait de la soie rouge et bleue – deux couleurs symbolisant la combinaison du yin (le bleu pour l’élément féminin) et du yang (le rouge pour le masculin) –, des objets incarnant la fertilité et surtout le contrat de mariage qui scellait l’union entre les deux parties. De son côté, la famille de l’épouse devait également préparer une dot (honsu) qui serait remise à la belle-famille au terme des différentes étapes du mariage. La cérémonie même du mariage était appelée daerye, littéralement « grand rite ». Elle se déroulait dans la maison familiale de la mariée et commençait par un ensemble de salutations et de prosternations devant les parents et entre époux. Le marié devait se tenir dans la direction de l’est et la mariée dans celle de l’ouest, une table cérémonielle placée entre eux. On trouvait notamment sur cette table divers symboles de l’union : des branches de pin et du bambou pour la fidélité, et des jujubes pour la naissance indispensable d’un fils. Deux oies sauvages, ou une poule et un coq se tenaient sur (ou près de) la table afin d’incarner la fécondité et de protéger les époux contre les mauvais esprits. Le couple était considéré comme marié après l’échange de coupes d’alcool de riz et la libération des volatiles – si ces derniers n’étaient pas en bois. Un banquet clôturait ensuite la journée. Les Coréens du peuple à l’époque du Joseon étaient habituellement vêtus de blanc, suivant les préceptes d’un confucianisme hostile au luxe ostentatoire. Mais ils étaient autorisés, lors de leur mariage, à revêtir des vêtements colorés et raffinés qui étaient habituellement réservés à la haute société. Le mari portait ainsi un costume de fonctionnaire, souvent bleu ou violet, tandis que son épouse portait une robe de cour et une couronne ornementale (jokduri), ainsi que trois points rouges (yeonji gonji) sur les joues et le front. Ces points devaient chasser les mauvais esprits – effrayés par la couleur rouge – et préserver ainsi le caractère sacré du mariage. Les jeunes tourtereaux passaient ensuite une à trois nuits dans la famille de la mariée. Dans certaines régions, la coutume voulait que, lors de la première nuit, la chambre nuptiale fût entourée de femmes s’amusant à faire des trous dans les portes en papier et à jeter un coup d’œil dans la chambre pour taquiner le jeune couple. Il convenait ensuite de rejoindre la demeure de l’époux pour s’y installer définitivement. Lors de cette étape appelée « nouvelle procession » (sinhaeng), le mari se déplaçait à cheval et la mariée en palanquin. Il ne restait alors plus qu’à accomplir un ultime et dernier rite, le pyebaek. Après plusieurs prosternations, la belle-mère déposait sur la robe de sa belle-fille des jujubes avec l’espoir que le couple soit prospère et donne naissance à de nombreux fils.
Post Date 2026/02/01